31 mars 2008

News n°26 : A la volée...

Le 31/03/08, 14h01,

    Miséréor Le bonheur m’envahit, me traverse et rejaillit en un énorme sourire que je n’arrive pas à contrôler, une bouffée de joie que vos lettres et colis viennent tout juste de me procurer… Je ne peux m’empêcher de citer toutes ces personnes responsables de mon bonheur : Maman, Papa, Geneviève et Jean Louis, Marlène, Heliette, Lolol, et par mail : Polette ma soeurette, Caroline d’ABO, Thibal le système, Manu l’elfe des toitures, Sandra et Jean charles, Mylène… Vous êtes formidables, merci du fond du cœur !

    C’est le seul côté positif d’une poste qui ne livre son courrier que tous les mois ou tous les 2 mois, quand ça arrive, c’est comme un concentré de voyage auprès de vous, une demi-heure de lectures déconnectantes, un moment magique qui me rend heureux… Je ne trouve pas les mots pour décrire mon état, un sentiment de paix et d’harmonie avec ce que je suis venu faire ici… C’est peut être aussi pour cela que ma coopé a du sens : elle m’ouvre les yeux sur l’importance de conserver le lien avec ceux qu’on aime, moi qui est toujours été du genre indépendant sans trop donner de nouvelles, voilà une belle leçon…

Je ne sais trop comment remercier Pap’ et Mam’ pour le témoignage d’amour qu’ils m’offrent, ils sont sans doutes les meilleurs parents du monde, peut-être même de l’Univers ?... Ouaaiiiiiis !

    A part tout cela, la vie continue mais en plus rose pour moi, j’apprends petit à petit à apprivoiser la solitude, elle reste encore parfois un poids, mais elle m’apprend aussi beaucoup, à commencer par « savoir se retrouver avec soi-même, simplement… ». Vaste programme que je n’aurai jamais fini d’approfondir… Les activités manuelles ne manquent pas, elles me permettent de me défouler, résultat : une série d’ampoules aux mains pour avoir trop manié la pelle, la barre à mine, la ferraille, ou encore les briques… Je suis dans une phase ou j’ai besoin « d’accomplir », de voir se créer des choses de mes propres mains ou de mon esprit… Ici je suis servi !

       Côté pain, ça enfourne plutôt pas mal ! Je me régale et on fait différents essais à chaque fois, hier c’était avec du coriandre, délicieux !...         Côté météo, le ciel se couvre et il a beaucoup plu à une soixantaine de kilomètres au sud de Pala, ce qui crée une atmosphère très humide et moite. Les températures restent élevées dans l’après midi, 43°C. L’ensemble chaleur plus humidité me fait bcp transpirer et je croise les doigts pour ne pas re-attraper la bourbouille… Avec un peu de chance, la saison des pluies devrait arriver plus tôt que d’habitude, vivement un bon rinçage de la ville, elle en a bien besoin…

    C’est tout trempé de sueur que je vous embrasse bien fort !

Pensée particulière à Matthieu, Pauline, Marion, les darons, Papi, Mamie, oncles et tantes, cousins/cousines, la famille me manque ! Tchuss.

25 mars 2008

News n°25 : Changement d'air...

Le 17/03/08, 21h30, Miséréor

            Ca y est ! On a finit le 2ème four à Pain avec Patrick, je le trouve réussit, vivement les premières fournées ! On en aura mis du temps, mais le résultat est là …

 

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            Je suis allé visiter Obed ce soir, un soudeur des ateliers diocésains, il vient d’avoir une petite fille née le même jour que moi, elle s’appelle « Merci », jolie n’est-ce pas ? Le quartier Madagascar dans lequel je l’ai rejoint est en périphérie de la ville, c’est la limite entre la brousse et Pala, autant dire qu’on se croirait en brousse… L’accueil n’a pas été commun, une femme sortie de je ne sais où s’est mise à lancer des cris de joie, des chants, des danses autour de moi, impossible de l’arrêter, c’était étrange, un peu oppressant et ça m’a parut durer une éternité, mais ça partait d’un bon sentiment alors... Nous nous sommes enfin assis avec le nouveau Papa pendant que sa femme nous préparait à manger puis il m’a présenté sa fille, encore un de ces moments magiques qui embellissent ma coopération : me voici dans une petite cour éclairée par la lune et les étoiles, un p’tit bout d’chou dans les mains, minuscule, enveloppée dans une couverture malgré la chaleur, elle dort, je la regarde et essaye d’imaginer ce que l’avenir lui réserve, une nouvelle existence commence…

            Ca fait déjà 4 naissances parmi les salariés des ateliers, le tout en 6 mois, le rendement est plutôt bon !

            Je me rend compte que je n’ai même pas écrit le jour des 6 mois, pourtant c’est un cap !... Il n’y a rien eu de spécial, ça fait ¼, 180 jours, 4240 heures, je vous laisse faire le calcul en secondes…

Dernière chose, je me suis décidé à rentrer cet été pour le mois d’août, je crois en avoir bien besoin…

 

Le 20/03/08, 15h07, Laï

            43°C à l’ombre, c’est plus frais qu’hier mais je ne m’y fait toujours pas, les après midi sont vraiment… dégoulinantes ! Je suis parti à Laï avant-hier matin pour une formation complémentaire de constructeur avec Jean Nicolas (coopérant comme moi mais depuis un an et demi déjà). Je fais ainsi d’une pierre deux coups et en profite pour souffler en dehors de Pala, discuter avec les coopérants de Laï avec qui je m’entends particulièrement bien. Je resterai ici jusqu’au Lundi de Pâques où je prendrai l’occasion du marché pour rejoindre Pala, avec cette chaleur, j’appréhende un peu… Je suis parti précipitamment Mardi matin suite à la rencontre de Farida Ayari, journaliste R.F.I. de passage à Pala et partant à Laï. J’ai donc avancé mon départ de un jour pour profiter de son voyage et éviter ainsi de faire le trajet en moto.

            Je transpire tellement, pas un endroit frais où se réfugier, le climat est rude et assommant…

 

Le 21/03/08, 6h30, Laï

 

La bourbouille !!! C’est le nom de l’irritation que j’ai attrapé sur tout le torse et les bras, ça démange un peu mais pour le moment c’est supportable. C’est dû à une trop forte transpiration et j’ai comme des minis boutons partout, c’est pas très agréable mais ça devrait passer avec le temps, je croise les doigts !

 

Pour raconter brièvement notre ballade hier au bord du fleuve Logone, à la sortie de la ville, là où l’on trouve les hippos ! On a vu une mère et ses 2 petits, on dirait vraiment des animaux sortis tout droits de la préhistoire, c’était très beau… Il y avait avec nous quelques enfants qui chassaient les oiseaux au lance-pierres, l’un d’eux en a ainsi attrapé 3 petits en moins de 15min, ce fut une bonne partie de rigolade, il nous a expliqué qu’il enlevait les plumes et le bec avant de le cuire un peu,  ensuite il n’en fait qu’une bouchée, bon ap’.

 

 

Le 24/03/08, 20h30, Ponkarol,

 

            C’est la grosse loose !… Il fait nuit et on est plus d’une trentaine assis comme des galériens sur le bord de la route… et oui, on a essayé de prendre « l’occasion du marché », le taxi local pour les grandes distances… Nous avons quitté Laï avec Valérie (qui nous avait rejoint pour le week-end) cet après midi, à 15h, et nous voici pommés à Ponkarol situé à encore 80km de Pala… L’occasion est bloquée pour une histoire de pneu de secours manquant, et étant donné l’état des pneus déjà montés sur la « voiture », le chauffeur refuse d’aller plus loin tant qu’il n’aura pas trouvé un pneu de rechange…

Tout avait bien commencé avec un clando (taxi moto) qui nous a amené de Laï à Kelo, 3 sur une moto en plus des bagages, ça me paraissait déjà bien « osé » mais le trajet s’est déroulé sans encombres malgré l’état de la piste. Arrivés à Kelo, nous avons attendu plus de 2 heures qu’une occasion quitte enfin la ville, il faut dire qu’ici on attend qu’il y ait assez de passagers pour bien vouloir décoller… Résultat, nous sommes plus d’une trentaine entassés dans un pick-up 5 places, sans compter les bagages nombreux et les enfants en bas âge… Il y en a de partout, le chargement est hallucinant, j’ai l’impression qu’on va se renverser à chaque virage ou que le châssis va se plier en deux à chaque trous dans la piste, et qu’est ce qu’il y en a !

Le véhicule est raffistolé de tous les côtés, il faut le pousser pour lancer le moteur et démarrer. Je me demande comment une épave comme celle-ci peut encore rouler. On est fatigués et tout le monde est énervé, combien de temps allons nous encore attendre ?

            On me l’avait dit : «C’est ça l’Afrique, on sait à peu près quand on part, mais jamais à quelle heure on arrive, Inch Allah ! »

 

            Ce week-end de Pâques passé à Laï m’a fait bcp de bien, on s’est baigné ce matin dans le Logone, on a joué aux cartes, on a bien papoté, bref, on a passé du bon temps. Malgré la situation dans laquelle j’écris et les 45°C qu’on a eu l’après midi, je me sens reposé.

 

            Mon portable n’a plus de batteries et n’ai donc plus de lumière pour écrire, je vous laisse en espérant dormir à Pala ce soir…

Bye

 

NOTA : Nous sommes finalement arrivés à Pala à minuit, cassé de partout et mal aux fesses, j’estime que c’est un miracle que nous soyons arrivés sans accident, c’est surréaliste… on aura mis 9h  pour faire 170km, youppi !

 Vous trouverez quelques photos des jours passés à Laï en album joint...

     

09 mars 2008

News n°24 : Tout chaud, tout chaud !!!

Le 01/03/08, 15h49, Bureau

            Bon et bien… Je m’étais planté sur la chaleur… elle arrive que maintenant et je commence à comprendre ma douleur. Depuis hier matin le mercure grime doucement mais sûrement. On transpire de plus en plus et s’endormir devient difficile. Et dire que ça n’est que le début, aïe aïe !... Un simple tee-shirt pour traverser Pala avant 6h du mat est déjà de trop, alors je vous laisse imaginer à 14h…

 

Le 02/03/08, 23h00, Miséréor.

            Quelle journée ! Un Dimanche tout simple en apparence mais profondément ressourçant. J’amorce le virage et prend appui au fond du trou pour relancer mon moral à une altitude plus appréciable. Après une petite messe bien animée et toujours aussi étonnante de vie, j’entrepris une fournée de pain avec de la levure que j’ai reçu par colis il y a quelques jours, merci les Savoyards !  Je fais ma pâte et la travaille suffisamment pour que « je la sente bien ». Une fois mise au repos je m’active pour faire ronronner le foyer. J’aime bien faire du feu, ça me détend et ça m’émerveille à chaque fois, je trouve ça beau. Lorsque les premiers bois on pris, je goinfre le four jusqu’à la gueule avec une bonne mesure de bois sec, les flammes jaillissent par la partie haute du petit tunnel qui fait office de porte et s’élèvent à plus de 1mètre dans les airs, la circulation se fait bien malgré l’absence de cheminée.

J’ai alors une demi heure de répit avant la fin de la première levée. Il fait une chaleur de plus en plus pénible, c’est comme çà, il faut que je m’y fasse. Je m’installe à l’ombre du petit boucaro en paille situé près du potager et dévore le livre « Ararat » de Sylvain Cortès que mon père m’a envoyé il y a quelques semaines. Un livre d’aventure vécue, celle d’un illuminé de la vie qui se lance à la recherche de l’Arche de Noé sur le mont Ararat. Il se documente avant de monter son expédition qui durera quarante jours. Il recoupe un tas de légendes, mythes, croyances et découvre un nombre déconcertant d’histoires faisant récit d’un déluge il y a bien longtemps, et d’un « sauveur » qui, grâce à une embarcation de grande taille sauverait un couple de chaque espèces et assurerait ainsi la pérennité de la vie… Vous connaissez déjà tous l’histoire de Noé donc pas besoin de vous faire un dessin. Je ne peux pas encore vous dire si il l’a trouvé car n’ai pas finit le livre, en tout cas ça me plait beaucoup, merci dad !

            Heureusement qu’entre temps je n’oublie pas mon pain qui est déjà presque cuit, 10 min encore et il sera parfait. Résultat : un vrai délice inexprimable  lorsqu’il s’accompagne d’un morceau de comté ou de saucisson… Et oui j’en ai de la chance, en provenance de ?... Savoie, ah ! la Savoie… Prochain essai avec de la levure bio du même colis, je vous en dirai des nouvelles ;)

 

            Petite sieste à 38° pour feinter la fatigue, et visite à Daniel (employé du diocèse avec qui je travaille de tps en tps) dont la mère nous a quitté il y a 3 jours : place mortuaire. L’ambiance est chaleureuse, les hommes d’un côté, assis sur quelques bancs à l’ombre d’un manguier, de l’autre les femmes nombreuses assises sur des nattes et préparant le thé et le repas pour toutes les personnes venant rendre condoléances. Beaucoup de salutations et de signes respectueux, quelques rites indescriptibles où les arrivant égrènent des « bonjours » dans toutes les langues représentées. Je suis invité à boire un thé avec les femmes car Valérie est avec elles. Me voici donc sur une natte entourée des couleurs éclatantes et innombrables des pagnes africains. Quelques vieilles toutes fripées sont assises en tailleur à côté de moi, je les trouve belles, mystérieuses, sourires…

            Dernière nouvelle du jour, notre petite chatte de quelques semaines à trouvé le chemin de sa caisse au plus grand bonheur de ses maîtres… Elle est mignonne comme tout et nous permet quelques bons fous rires avec Valérie. On l’a appelé Nalha comme la lionne de Simba dans le roi Lion, et pourquoi pas ?

 

Miséréor, le 4/03/08, 21h46

            C’est à la lueur d’une petite lampe à pétrole que j’écris ces lignes. La chaleur arrive pour de bon, je ne cesse de le dire mais je suis toujours surpris par le surplus de chaleur d’une fois sur l’autre, tout est chaud ! : livres, chaises, tables, lit, couverts, toilettes, shampoing, dentifrice, vêtements… absolument tout ! La chaleur du jour est emmagasinée dans les murs qui la restituent la nuit, la fraîcheur est définitivement partie et nous dormirons bientôt à la belle. J’ai joué à Mc Gyver pour faire fonctionner un petit ventilateur 12V à partir de 2 qui étaient hors d’usage. L’un n’avait plus de balais collecteurs, et l’autre le rotor foutu, bref, après tom Sawyer je joue à mister bidouille et ça marche.

Pour le moment on frise les 40° dans l’après-midi et on ne descend pas en dessous de 30° la nuit. Je ne vous parle pas des températures au soleil où l’on commence à roussir… Les grosses chaleurs peuvent atteindre 50° voir plus et sont attendues pour mi-avril, d’ici là on grimpe progressivement. On a, pour le moment, un temps sec ce qui rend la t° supportable et limite la transpiration. La contrepartie est une poussière omniprésente impliquant les trajets en moto pénibles car elle pique les yeux et empêche parfois de voir à plus de 20m. Il devient impensable de rouler derrière un véhicule qui soulève trop de poussière derrière lui, heureusement qu’il n’y en a pas trop… Les croisements avec les gros porteurs deviennent délicats : une bonne inspiration avant d’être à son niveau pour plonger dans une apnée qui permettra de retrouver un air respirable, sans oublier de plisser les yeux à ne presque plus rien voir, pas d’autre moyens… Vous pensez sûrement « et le casque avec visière ? » Bah, venez essayer et vous comprendrez qu’on y étouffe. (bonne excuse non ?)

            Côté four à pain, ça avance bien et le deuxième commencé au diocèse devrait être terminé d’ici 2 semaines.

            Côté boulot aussi, les choses avancent bien et le premier bâtiment que j’aurais suivi presque en entier (en chevauchement avec rémi) sera finit d’ici 10 jours. Un projet de centre pour sidéens est en cours et devient même une priorité dans mon travail.  Je devrais signer demain le premier contrat pour la construction de 2 chambres médicalisées avec un entrepreneur de Pala, les travaux sont estimés à 3mois, Inch’Allah.

          
           
Je vous laisse pour rejoindre mon plumard… tout chaud !

 

Mercredi 5mars, 20h40, Garoua (Cameroun)

            Première fois que je me rends au Cameroun par Léré. Le BELACD (Bureau d’Etude et de liaison pour la Recherche et le Développement) a besoin de médicaments et c’est une occasion pour moi de voir l’autre côté de la frontière, « là où il y a l’électricité et le goudron …». Je suis donc parti ce matin avec Dounia, Tchadien qui travaille à la procure diocésaine. Je n’ai pas compté le nombre de contrôles de police et de douanes, un blanc dans une voiture est toujours un espoir de soutirer de l’argent… Heureusement Dounia connaît bien les ficelles et nous sommes toujours passés sans encombres.

Les postes de contrôles dans lesquels nous devions nous rendre pour présenter nos papiers/passeports ont quelque chose d’unique. Les 3 dans lesquels nous nous sommes arrêtés étaient tenu par des militaires/policiers à la dégaine on ne peut plus originale. Pieds nus pour certains, lunettes de soleil des années 60 pour tous ! Une table en fer dépeinte et rafistolée en guise de bureau, une télé dans un coin qui grésille les derniers tubes africains, parfois un lit tout pourri qui fait passer le temps en attendant les visiteurs. Le faux plafond en bois tient par l’opération du saint esprit tandis que les murs accumulent une crasse et des posters inattendus… Le cadre annonce la couleur : décalé ! Dans ces minuscules pièces dont l’aspect et l’entretien décrédibilisent toute autorité, les codes et la hiérarchie sont de rigueur… On doit savoir qui est le chef ici, le douanier ou le policier, en tt cas ça n’est jamais nous…  Les regards qui tuent, la lenteur des tampons qui se succèdent sur nos passeports, les questions posées sur un ton sec, c’est comme si tout était fait pour nous emm… on est dans un film, coupez ! Pas de bol, pour eux, nous étions en règle, ça ne sera pas pour cette fois-ci. Tous, sans exception, nous rappellent que nous ne devons pas oublier « le cadeau » à notre passage retour, ça sera pour demain, je sens que ça ne sera pas simple…

 

            Le goudron entre Figil et Garoua est si mal entretenu que je préfère encore la piste en terre de Pala. Nous avons vu plusieurs camions renversés sur le bord de la route. Des trous énormes surgissent d’un peu partout et l’asphalte rend les choses pires que s’il n’était pas là. Nous arrivons finalement à destination après 5h30 de voyage et une crevaison. Nous commençons immédiatement les quelques courses pour lesquelles nous sommes venus, je découvre la ville. Le goudron présent partout densifie la circulation. Je n’ai jamais vu autant de motos, même à N’djamena. La pollution prend à la gorge. Une moto sur deux n’inspire pas confiance, bricolées dans tous les sens, elles sont de vrais dangers. Le code de la route est ici anarchique, les personnes se déplacent parfois à 4 par motos, y compris de grosses mamas en claquettes, à chaque minute j’hallucine.

 

            Le contraste entre richesse et pauvreté est accentué par l’arrivée des technologies et des produits très divers. Certains magasins ont des allures de supermarchés Français alors q’une ribambelle de gamins m’assaillent pour mendier le sou. Un fourmillement indescriptible qui mélange costars et mendiants, adidas et éclopés.

 

Je crois que je préfère Pala à cette ville de fous dont je n’ai pourtant pas vu grand-chose. Je me suis surpris à « paniquer » dans un petit boui-boui dont l’un des rayonnages proposait plusieurs marques de gel douche, il va falloir choisr, aïe aïe, l’angoisse de la consommation qui revient !... Il faudra que je garde mes distances avec carrefour et mammouth à mon retour en France si je ne veux pas perdre la boule…

 

Le 6/03/08, 22h00, Miséréor

            Journée de dingue, je suis épuisé, j’écrirai demain…

 

Le 7/03/08, 16h42, Bureau

            Voici comme promis le récit de ma journée d’hier. C’était le trajet retour de Garoura avec de médicaments à notre bord. Forcément, lorsqu’on va au Cameroun, on en profite pour faire quelques courses car le pays est bien plus développé que le Tchad. Je vous passe les détails de ce que nous avions dans le coffre, en grande majorité des médicaments et de la nourriture pour la maison d’accueil (beurre, pain…) Le chargement était bien ficelé et nous redoutions que la douane nous demande de tout descendre, heureusement nous sommes passés entre les mailles grâce à Dounia qui a de bonnes relations et qui sait jusqu’ou peuvent aller les discussions. De toutes façons, il y a forcément un bakchich si l’on veut passer… En plus avec un blanc dans la voiture, ils ne nous ont pas loupé.

Si l’on cumule les temps ou nous avons dû négocier pour obtenir droit de passage, il y a facilement 2h. Le système est archi-corrompu, ce n’est un secret pour personne mais tout le monde fait bonne figure et manie avec agilité les aberrations et embobinages. Quoi qu’il arrive, le policier finit presque toujours par avoir raison. Des tonnes d’excuses servent à nous accabler pour que l’on paye plus, ils jouent sur tous les tableaux à commencer par l’intimidation.  Toute cette corruption me rend triste et m’a plomber le moral jusqu’à la fin du voyage.

Et non mon petit Sylvain, « tout le monde il est pas beau, et tout le monde il est pas gentil… », je descends de mon nuage pour découvrir une autre réalité. Comment le Tchad peut s’en sortir avec des crapules pareilles ? Les honnêtes gens se font avoir, toutes les procédures leurs sont rendues pénibles/longues. Pendant notre attente à un des postes de douane, un chauffeur est arrivé pour glisser discrètement 140 000 Fcfa au douanier pour que la barrière leur soit ouverte... Le tout sans aucun contrôle, la raison de la douane n’a plus lieu d’être puisqu’elle cautionne le passage de n’importe quoi moyennant finances bien entendu… Je me suis demandé à plusieurs reprises si je n’allais pas me réveiller. L’attente dans de petits bureaux où règne une chaleur intenable ne calme pas l’atmosphère, tout le monde est tendu. Regards qui tuent et paroles blessantes m’ont fatigué, dégoûté, me donnent presque envie de vomir une fois la route reprise.

 

            Une expérience comme celle-là ébranle sérieusement mon optimisme et mon espoir. J’ai même entendu parler du génocide Ivoirien « dans lequel je suis forcément impliqué »… Les évènements récents de N’Djamena n’ont pas simplifié les choses et j’ai entendu un peu de tout, encaisser sans broncher, c’est une bonne mise à l’épreuve de mes petits nerfs d’européens pas du tout entraînés… Il n’est pas facile de prendre du recul quand il fait 40°C et qu’on a quelques heures de route chaotique dans les pattes.

 
            Bon j’arrête ici, rien que d’écrire me remet dans un état de dégoût et de tristesse… Pas pressé de retourner au Cameroun.

 

Sinon, je vous rassure, tout va bien ;)