01 octobre 2007

News n°3 jusqu'au 29 sept 07

Le 29 sept, 18h32, Miséréor.

            Houlala, le temps passe trop vite et je prends du retard dans mes récits. Il se passe tellement d’aventures ici que le surprenant devient presque banal, étonnant non ?! Je vous ai quitté à Moundou la dernière fois et reprends donc le fil de mon histoire dans cette ville.

            Premier jour de négoce !... Comme je vous l’avais dit, nous étions à Moundou pour acheter du bois, il fallait donc connaître à peu près les prix car ici, les marchands et négociants n’hésitent pas à tripler ou quadrupler les prix lorsque le client est… blanc ! Rémi se débrouille comme un poisson dans l’eau, i râle quand les prix sont trop élevés, c’est normal, tout le monde ici tire la couverture vers soi et finalement, il y a presque toujours un compromis. Quant à moi, Rémi m’a confié l’achat de matériel pour vélo, le but étant d’acquérir des roues et systèmes de directions pour assembler des fauteuils pour personnes handicapées, les cadres étant réalisés dans les ateliers de soudure du diocèse. Je ne connaissais pas les prix et ai dû me démerder comme je le pouvais… La négociation de chaque pièce à acheter était interminable. Je sentais bien que je me faisais avoir et faisais donc le maximum pour baisser les prix. Je ne suis pas commercial mais j’ai quand même réussit à économiser au moins 50000 Francs CFA (à peu près 90 euros) ce qui ici est énorme. J’ai aussi appris par la suite que malgré tous mes efforts, je m’étais quand même bien fait arnaqué ! Le négoce est un monde de requins qui n’ont aucuns sentiments et qui tentent par tous les moyens de vous escroquer. Ce me servira de leçon pour les prochains achats : toujours avoir une idée du prix de vente local afin de ne pas se faire déplumer…

           

            Nous sommes ensuite rentrés dans la soirée sur Pala ce qui m’a permis de faire mon baptême de conduite sur piste la nuit. L’état des routes à certains endroits est déplorable, de vrais cratères, de quoi se faire quelques belle peurs !...

 

            Les jours suivants n’ont rien de particulier, chaque moment libre me sert à poser des carreaux pour ma future salle de bain qui devrait d’ailleurs être bientôt terminée. Mes matinées sont occupées par le re-rayonnage complet des six roues de vélo achetées à Moundou (chez le fameux arnaqueur) car les moyeux montés sont trop faibles. Je deviens donc un maçon en herbe et un as du rayonnage… On m’avait bien dit qu’ici c’était le pays de la démerde et que j’apprendrai plein de choses, c’est vrai !

 

            Moment très sympa hier soir : nous sommes allé rendre visite à Edmond (le menuisier qui s’est coupé les doigts) et avons fêté la naissance de sa fille qui est née avant-hier à 18h. L’ambiance était tellement irréelle… Une vrai crevette allongée sur un lit dans une case en terre, une chaleur innommable dans la pièce et tout le monde heureux !... Le tout éclairé à la lueur blafarde d’une lanterne, qu’elle atmosphère particulière !

            Je me voyait vraiment dans un conte d’antan, voir même dans la crèche (il ne manquait que l’âne et le bœuf mais les truies étaient sur le pas de la porte donc ça marche aussi non ? ;) On a bu quelques bières puis sommes repartis en moto (de toute façon la case d’Edmond n’est pas accessible en voiture, excuse valable non ?…). Je vous informe au passage qu’il va bien et qu’il a un énorme pansement. Les médicaments qu’il prend calment pas mal la douleur et pour le moment ça ne s’infecte pas. Inch’Allah !

 

Le 29 sept, 21h07, Miséréor.

            Ca y est, je suis allé chez le coiffeur !  Qu’elle dépaysement… Pour commencer il faut allumer le groupe électrogène histoire de faire fonctionner les tondeuses. Ensuite y’a plus qu’à s’asseoir dans un vieux fauteuils qui doit bien avoir 50 ans, tout déchiqueté en lambeaux. Le cadre est assez… improbable ! Des cheveux frisottés un peu partout à terre, des posters tout pourris sur les murs (genre rap, rambo, politique, mode…), une crasse et une poussière que ne méritent même plus d’être relevés. J’ai tenté d’expliquer les plus clairement possible que je souhaitais garder au moins 2 cm sur le dessus avec si possible un petit dégradé sur le tour de tête, bref pas compliqué quoi ! Il m’a assuré que le message était bien compris et m’a donc passé la tête à la tondeuse, sabot 5mm… Il ne me reste plus grand-chose sur le caillou, mais c’est hygiénique et aéré, ça ira très bien !

Ah ! J’allais oublier, après 2 jours de répit, la tourista reprends le dessus, et carabinée cette fois ci. Pourvu que ça ne dure pas.

Voilà pour les nouvelles du jour…

 

PS : vous n’imaginez pas la joie que j’ai à lire vos commentaires sur ce blog… des petites attentions qui me redonnent plein de courage pour la suite… alors n’hésitez surtout pas, lâchez vous qui que vous soyez ! Merci…

 

26 septembre 2007

Et que l'adaptation continue !!! du 17 au 24 sept

      La connexion internet n'en fait qu'à sa tête, je voudrais bien vous donner plus régulièrement des nouvelles mais ce n'est pas si simple. Voilà donc tout d'un bloc, bonne lecture et donnez moi vos impressions !...

 Le 19 sept, 21h30, Miséréor

            Miséréor est le nom donné au lieu d’habitation des coopérants. Il y a 1 maison en dur où loge Valérie (coopérante dcc qui s’occupe d’un centre pour personnes handicapées), il y a aussi une cuisine, salle de bain ainsi qu’un lieu de vie commune. Dans le jardin se trouvent 3 cases : Une pour Rémi, une pour moi et la dernière fait office d’atelier. Il y a aussi un potager et quelques arbres fruitiers. Nous avons aussi un animal gentil petit animal domestique qui se prénomme Boubou et qui est un joli petit singe... L’ensemble est situé dans les petites ruelles de la ville, au cœur des habitations traditionnelles. Il faut 5 min en voiture pour rejoindre la mission catholique où se trouve l’électricité et internet. Le quartier est très bruyant : beaucoup de chiens et d’enfants qui passent leur temps à jouer.

            A vrai dire, je ne me sens pas tout à fait chez moi car ma case n’est pas encore terminée. Il reste à maçonner la salle de bain et à passer un sérieux nettoyage.  J’ai l’impression que tout est crade et pour ceux qui me connaissent, je ne suis pourtant pas difficile sur ce point. Je commence tout juste à me repérer dans les principales rues de Pala mais il y a encore du boulot. C’est encore pour moi un vrai effort de sortir  me confronter à la réalité extérieure. L’insalubrité, les gens, leur façon de vivre, les petites bêtes et les grosse, encore beaucoup de choses me font peur. Par dessus ça, la tourista ne me fait pas de cadeaux. Y’a rien à dire, c’est chiant ! Je carbure au tiorfan, en espérant que ça va vite faire effet… La diarrhée n’est que la 1ère  étape, ensuite il y aura le palu ! Mais une chose à la fois, je ne suis pas pressé de l’attraper.

            Concernant mes journées, rien de très particulier, je m’adapte et découvre avec Rémi les rouages du SDCE (Service d’aide à la Construction et à l’Entretien) pour lequel je travaillerai bientôt. J’ai pu faire un tour des ateliers que j’aurai à ma charge, il y a du boulot ! « Ca se cuve » comme diraient les gadz.

            Je vais tacher de faire une bonne nuit car la dernière n’était vraiment pas fameuse. Ah, oui, j’oubliais, le bled me manque de plus en plus et certains tout particulièrement, j’en arrive parfois à me demander ce que je fout ici, il parai que c’est normal au début… J’espère que le « début » ne va pas trop durer.

Bye.

 

 

Le 21 Sept, 11h56, Mission catholique de Pala

            Kaï !!! (terme employé ici pour dire mince ou mer…). Je ne me sens pas bien du tout… J’ai le bide retourné par les évènements de la matinée… Je ne pensais pas être confronté si vite à la souffrance physique des autres. Le menuisier (Edmond) s’est fait attrapé 2 doigts (index et majeur) dans la toupie… Aïe aïe ! Rémi n’étant pas là, j’ai du l’accompagné à l’hôpital de Pala. Heureusement que Gaston (l’électricien) est venu avec moi pour m’indiquer la route et pour nous diriger dans l’hôpital. Edmond ne disait rien mais on sentait bien qu’il avait très mal. C’était vraiment moche comme blessure. Le médecin a à peine regardé et lui a prescrit quelques médicaments puis la envoyé au service « pansements » en diagnostiquant : « vu traumatisme des 2 orteils de la main gauche …» Ca fait peur ! Nous déambulons le long des bâtiments  et passons devant des salles ou s’entassent les malades, ça ressemble d’avantage à des mouroirs qu’à des dortoirs. Ca pue, il a même des chèvres dans la cour de l’hosto. Quelques mères attendent impatiemment que l’on ausculte leurs enfants en bas âge. L’un d’eux me marque particulièrement, la peau de son dos est verte, jaune et violette  avec un aspect de brûlure, c’est trop pour moi… Je cache mon malaise comme je peux en attendant qu’Edmond se fasse suturé et pansé. L’infirmier m’appelle pour me montrer les doigts d’Edmond (ou plutôt ce qu’il en reste) et m’explique le plus naturellement du monde les os broyé, les phalanges perdues et les points du sutures réalisés. Il finit enfin par un pansement qui ne ressemble à rien, de toutes façons il n’avait qu’un œil… Nous quittons enfin ces lieux de malheurs et de souffrances pour ramener Edmond chez lui, dans le quartier de Madagascar. Il en a bien pour un mois de repos au moins. J’ai mal pour lui, ça me rend triste toute cette souffrance, mais ce n’est probablement pas la dernière fois que j’y serai confronté.

 

            Pour parler de choses plus gaies, nous somme allés manger au « rond point » hier soir : omelette et pain avec un jus de banane fait devant nous, c’était très bon pour une fois ! (peut être aussi parcequ’il faisait très sombre et que je ne voyais pas mon assiette…) J’ai fait mon baptême de moto en pleine nuit avec Isaac (Ami de Rémi à qui appartient la moto), moi qui n’avait conduit que des mobylettes, c’est bien plus marrant la moto. Ici tout le monde en a et personne ne met de casque. Nous en achèterons bientôt  une car nous sommes désormais 3 coopérants et n’avons que 2 véhicules. Promis je mettrai un casque à chaque fois que je le pourrai.

            Ce midi je dois allé manger la boule mais je n’ai pas très faim. Il faut quand même que je goûte !

Allez, courage Sylvain, tu vas t’en sortir !

 

 

 

Le 22 sept, 17h17, Case miséréor,

            Ca y est, j’ai goûter la boule ! Une au riz (hier midi) et une au maïs se midi. En fait c’est bon si la sauce est bonne… Nous étions chez Fati qui est une amie musulmane de Rémi. C’est bizarre d’être un garçon dans ce pays car on a un peu tous les privilèges. Nous avons ainsi passé près de 4h chez eux sans rien faire, juste manger, nous reposer et parler un peu. Les hommes ne mangent pas avec les femmes et c’est impensable qu’un homme fasse la cuisine ou la vaisselle. Tout est différent… J’ai pris mon premier cous d’arabe et sais maintenant compter jusqu’à dix. Je connais aussi les rudiments d’un premier contact. Ici on demande toujours « comment ça va ? la santé ? ta famille ? tes enfants ? ta maison ? tes poules ? tes cochons ?… bref, tout est bon à demander.

 

            Hier soir nous sommes allés manger chez nos voisins qui sont 2 français. Ils ont 33 années d’Afrique derrière eux et bientôt 3 au Tchad. Ils m’ont bien rassuré en m’affirmant que ce pays était de loin le plus difficile de tous les autres… et pourtant Dieu sait qu’ils en ont fait des pays ! Lui est médecin et elle infirmière, ils devraient bientôt rentrer en France pour leur retraite.

 

            Ce matin, rien de spécial, nous sommes allés sur un chantier de Rémi : un château d’eau pour une communauté de sœurs. Quand je dis « rien de spécial », ce n’est pas que c’est banal, je suis encore dans une phase ou tout m’interpelle, me fascine, me fait peur ou m’émerveille. Mais la visite que nous avons rendu à Romain ce midi : ça c’est pas banal !:

 

            Romain est un ouvrier de Rémi qui habite dans un petit village qui s’appelle « la carrière », à 15 min environ de Pala. Et là bas, c’est vraiment la brousse. Nous nous y sommes rendus en moto et l’arrivée a de quoi impressionner. Comme il n’y a aucun « blanc » là bas, tout le monde nous regarde comme des bêtes curieuses, c’est pas très agréable mais on commence à s’y faire. Avant toute choses, nous devons saluer le chef du village qui a un rôle très important. Il nous accueille sous des nattes et nous fais asseoir avec les quelques hommes qui palabrent déjà avec. Bien sûr il y a des poules, des cochons, des pintades, de la boue partout, mais ça je ne le dis plus, c’est tout le temps comme ça et je m’y fait déjà. Arrive le fameux alcool du village : le « bilibili », fait à base de mil fermenté. Et là, pas question de refuser un tel honneur. On me sert une pleine calebasse, je souris à moitié et avale le liquide qui ressemble à de l’eau très boueuse. Hmmmm… comme c’est (pas) bon !… Je serre les fesses et finis ma coupe, on m’en re-propose déjà mais j’arrive à faire comprendre que c’est tout pour moi, merci ! C’était très bon ! (glups)

 

22h30, reprise…

(Je me suis absenté quelques heures pour aller faire la fête au sporting club de Pala qui est un bar dansant. Je reprends la suite de mes aventures) Nous allons avec Romain sur le terrain que lui a donné le chef du village. La dernière pluie a mis sa maison à terre et nous nous asseyons au milieu des briques en terre qui jonchent le sol. Seul le toit est encore en état, mais il est à ras de terre. Il reste juste quelques tôles ondulées assemblées par des bois, ça fera le prochain toit ! Nous rejoignons ensuite l’endroit où sont logées ses femmes : dans la maison de son frère. Ici, la famille, c’est un toit assuré quelque soit la situation. (les trajets sont évidemment faits en moto, j’ai donc fait mon baptême de moto à 3 personnes !)

            Arrivés à proximité des concessions, nous laissons la moto et continuons à pied. A l’angle d’une maison, je croise des enfants, à ma vue, ils prennent peur et certains se mettent à pleurer, ils courent se cacher ou rejoindre leurs mères, apparemment ils n’ont jamais vu un blanc, surtout avec des cheveux un peu longs comme les miens. Je suis d’autant plus frustré qu’ils sont trop mignons, et tellement nombreux. Nous nous asseyons à chaque concession pour saluer les familles, à chaque fois une dizaine/quinzaine d’enfants s’agglutinent pour nous dévisager, c’est bizarre. Des regards, quelques sourires, décidément je suis vraiment pommé au fin fond de l’Afrique noire.

            Une femme de Romain nous prépare la boule avec de la farine de maïs, le tout accompagné d’une sauce au gombos (légumes d’ici). Encore une fois, il faut faire honneur… Il y en a facilement pour 6 personnes, et la sauce est étonnement gluante… Des morceaux de nerf, heu… pardon, de viande baignent  dans le tout, c’est franchement pas délicieux, mais il faut faire un petit effort et on se cale le bide. On réussit finalement à partir.

 

Cet après midi, on a posé un enduit dans ma future salle de bain, demain on posera les carreaux. Il est tard et je n’ai pas bien le courage de vous raconter ma soirée bien qu’elle en vaille le coup. En deux mots : une piste de danse, des africains sur-excités, une soirée à thème  histoire de bien chauffer l’assemblée : « l’insécurité dans la ville de Pala » , des débats qui ne ressemblent à rien, un jeu dont on me désigne pour faire parti du jury, des rires, des engueulades, de la danse, bref… Une bonne soirée quoi !

Allez, bonne nuit.

 

24 sept, 22h12, Service d’Accueil de Moundou

            Ce soir c’est à la lueur d’une lanterne que je remplis ces lignes. Nous sommes à Moundou pour la nuit et irons cherchez du bois pour la menuiserie demain matin. Il nous a fallu plus de 3h pour faire le trajet. L’état de la piste entre Pala et Kelo est tellement cabossé que nous en avons plein le dos et les fesses. Heureusement que les 100 derniers km étaient goudronnés ! Nous sommes arrivés vers 19h15 et il faisait nuit depuis plus d’une heure. N’ayant pas d’électricité, c’est à la lanterne que sont accueillis les hôtes, ce qui n’est pas sens me plaire, ça à un côté très magique… douche à la lueur d’une flammèche, je me crois dans un vieux conte…

            Moundou est la 2ème plus grande ville du Tchad après la capitale, nous en avons donc profité pour manger dans un vrai resto, quel bonheur d’utiliser des couverts dans un cadre qui ressemble presque à nos restaurants français d’extérieur. Et puis c’était bon alors quoi de plus pour être heureux ? Seuls les toilettes vous rappellent que vous êtes bien en Afrique…

 

            Hier après midi, nous sommes partis en brousse avec Isaac et Patrick (et Rémi), à l’assaut de la montagne du Mayo-kebbi. (Peut être 80m de dénivelé positif, waouh !). Quelle galère pour rejoindre le sentier qui monte au sommet ! Surtout que nous étions 2 par moto et que les chemins sont parfois impraticables. Tant pis, on y va, on s’enlise, on patine, on dérape, on passe dans l’eau, on se fait quelques frayeurs, mais on y arrive ! Les 200 derniers mètres se font à pied car trop raide. Une fois le sommet à portée de main, on aperçoit une dizaine de cahutes en paille et de la fumée, qui aurait pu imaginer que des personnes s’étaient installées dans un pareil endroit ? Un vieux monsieur s’approche et nous demande d’enlever nos sandales car « nous sommes sur la montagne du temple… » Une quinzaine de femmes prient ou se reposent à l’ombre de nattes. On nous fait une place, on nous sert de l’eau, et nous on hallucine ! Ce serait trop long d’expliquer tout ce que l’on s’est dit avec le vieux mais en gros :

            « il est envoyé de Dieu et Jésus lui-même lui a donné le nom d’Abraham Massoum, c’est un ancien rebelle, puis militaire et colonel et blablabla… Il a été appelé par Dieu même sur cette montagne et y vit avec 23 femmes, 6 hommes, une poignée d’enfants qu’il nourrit grâce à l’argent de sa retraite. A côté de lui était allongé une vieille dame qui, d’après lui, était prophétesse et voyait régulièrement des anges et recevait des messages. Il était investit du travail d’écrire ces messages et de prier pour tous les hommes, particulièrement les plus pauvres. Au sommet de cette montagne, il a défriché une très vaste  surface pour l’arrivée des futurs fidèles « c’est une piste d’atterrissage »… D’après lui, Jésus reviendra à cet endroit même… Certaines plantes sur la montagne du temple ont leur racines qui rejoignent le Jourdain afin d’avoir de l’eau bénite… »

 

            Bref, un entrelacs de christianisme et un soupçon d’ésotérisme… Je ne me permettrai pas de juger, mais j’avoue que tout ça paraissait très… bizarre. Quand je me relis, j’ai l’impression d’être très imparfait sur les descriptions et vous ne devez pas comprendre grand-chose… Mais je crois que ça n’est pas transcriptible, tout est tellement différent… Et oui, encore !...

            Je vous laisse et vais rejoindre Morphée…

18 septembre 2007

News n°1 : Mes 4 premiers jours...

Voici la retranscription intégrale des premières pages de mon carnet de bord... Il m'en reste encore tellement à écrire...

 

 

Le 13 sept, 19h05 entre Paris et Tripoli…

 

            Je suis ému… par ce départ, par ces premières lignes dans ce carnet, par le paysage somptueux que je peux apercevoir de mon hublot, par cette aventure qui ne fait que commencer, par la musique que je peux écouter grâce au lecteur mp3 que m’ont offert les parents juste avant mon départ (merci !), par la beauté de la terre vue d’en haut.

 

            Je suis heureux… de concrétiser enfin ce projet de coopération qui se forme depuis plusieurs mois maintenant, d’aller à la rencontre de gens que j’aime déjà, d’une culture dont je ne connais pratiquement rien, heureux de cette folie qui m’attend,  de cet inconnu qui ne me laisse qu’une et une seule certitude : ces 2 années à venir vont changer ma vie, ma perception du monde, mes choix à venir, mon avenir quoi !

            L’hôtesse vient de m’apporter un plateau repas, comme si j’avais un petit répit avant mon immersion dans le pays de « la boule »… Etant donné mon excitation, j’ai déjà oublié que j’étais triste… de quitter ceux que j’aime ! Je crois d’ailleurs que côté tristesse, j’ai suffisamment donné ces 2 derniers jours pour continuer à en parler, alors je ne vais pas épiloguer dessus ! Avec tout ça, je n’ai pas pris le temps de manger alors je vous laisse…

Bon appétit !

PS1 : Mon avion a 4h de retard, j’espère pouvoir prendre la correspondance pour N’Djamena… et que l’aventure commence !

PS2 : Merci à Christophe de m’avoir offert ce carnet ;)

   

Le 14 sept, 22h30, Centre d’Accueil de Kabalay (N’Djamena, capitale du Tchad)

 

            Je viens de passer la journée, de loin la plus dépaysante de ma vie. Mon arrivée hier soir à l’aéroport de N’Djamena ouvert le bal. Par chance j’avais rencontré un Français dans l’avion qui connaissait bien la ville et ses habitants, à commencer par le chef des douanes, ce qui nous a permit de passer le contrôle à l’aéroport sans le moindre… contrôle ! Je ne vous ai pas encore parlé de la descente de l’avion : une chaleur mais surtout une moiteur à en couper presque le souffle, littéralement ! Ajoutez à ça une attaque d’armées de moustiques et une odeur quelque peu nauséabonde, et vous êtes à N’Djamena, bienvenue au Tchad !... Pour ceux qui n’auraient jamais vécu cette expérience, n’essayez pas d’imaginer, c’est impossible…

           

            Je retrouve Rémi et son chauffeur (Taho ou « Papa » parce qu’il est un peu vieux…) puis nous traversons la capitale à 2h du mat environ (mon avion avait du retard). C’est incroyable, des dizaines et des centaines de groupes de jeunes/d’enfants regroupés autour d’une loupiote ou de quelques flammes. J’ai alors l’impression d’être dans une pièce de théâtre, je ne peux pas dire grand-chose, je suis tout simplement estomaqué par la scène. La moiteur de l’atmosphère rend l’instant écrasant et le laisse sans mots. Arrivé au Centre d’Accueil de Kabalaye (CAK), Rémi me donne les clefs de ma chambre et me souhaite bonne nuit. Je m’allonge sous une moustiquaire en me demandant ce qu’il m’arrive, si je ne suis pas en train de faire un rêve, mais non, c’est bien la concrétisation de ce que j’attendais depuis si longtemps. Je n’aurais pas pu l’imaginer sous cette forme. Je transpire, ne trouve pas le sommeil, finalement je m’endors pour me réveiller 3h plus tard, le jour s’est levé ! Petit déjeuner presque comme en France puis nous partons chercher Théodore, un ami de Rémi qui habite N’Djamena. Nous nous déchaussons avant d’entrer dans la pièce qui fait office de salon/chambre et 3 jeunes filles nous servent à boire. Je ne sais pas bien ce qu’il faut faire ou ne pas faire, je dois être ridicule à ne savoir que sourire… On discute un bon petit moment puis nous repartons sans oublier de saluer le singe dans la cour que nous emmènerons à Pala lundi pour qu’il retrouve sa liberté. Et la verdure du Sud.

 

            J’ai l’impression de trop écrire et pourtant, je n’ai pas dit le quart de ce que je voudrais raconter. Pour résumer ce qui a été le plus gros chamboulement de ma journée, je vais écrire les mots qui me passent par la tête lorsque je pense aux rues de N’Djamena :

Beaucoup de gens assis, allongés, accroupis, marchands, porteurs, regards, sueur, chaleur soleil, moiteur, eaux stagnantes, puanteurs, marché, poissons, odeur e rance, montagne de mouches, chèvres, cochons, calèches, chevaux, bicyclettes, motos, taxis, minibus, chiens, loi du plus fort, poussière, dangers, malsain, enfants, ordures, hérons, chaleur, mosquée, bruit, klaxon, cris, rires, crachats, étales, fruits, tissus, téléphones portables, Celtel, encore chaleur, peur, « Nassaray » (qui désigne « le blanc »), milice, police, armes, militaires, ambassades, sable, rues impraticables, nids de poule, boues, très peu de rues goudronnées, priorité à droite, vélos, réparations, rafistolages, voitures surchargées, égouts à ciel ouvert, tas d’ordures, encore puanteur, aboiements, chiens maigres, concession (maison/case) en brique/torchis, instable, architecture basique, quelques maisons avec étage (rare), moyen âge, cimetière, camions surchargés, gros lézards, libellules, énorme chauve souris, encore chaleur, encore puanteur, pots d’échappements, stations service avec bouteilles en tout genre, bidons, odeur d’essence, carcasses de voiture partout, délabré, haillons, tongues, pieds nus, scarification, pauvres, très pauvre, ordure brûlées, fumées, différences, différences, différences, différences, différences…

    Le plus frustrant dans tout ça est de savoir qu’il manque encore pleins de choses !

 

            Il me reste une dernière chose à vous raconter : ma soirée… Rémi m’a emmener avec Taho, Philippe et Romaine dans un bar dansant où se donnait en concert : « Laurent ça tourne », véritable star du moment à N’Djamena. Imaginez une cour de 400 m² avec un pavillon au milieu en guise de piste de danse, Coca, Gala (bière locale) et « sucreries » (Sodas) servis sur des tables de jardin tout autour, que des noirs et… 2 blancs ! On a eu droit à plusieurs privilèges genre entrer sans payer (merci Rémi pour tes connaissances inépuisables). On a pu manger de la Carpe avec des légumes (je crois que j’ai pas trop suivi les conseils de la DCC concernant l’alimentation mais tant pis ! je touche du bois…). Premier repas avec les doigts, c’est plutôt marrant bien qu’un peu gluant. La pensée que le poisson venait du marché, léché par des milliers de mouches m’a un peu refroidit, mais Romaine (amie de Rémi) après avoir goûté a assuré qu’il n’était pas « gâté ».  Inch’Allah 

            Viens le temps de la « danse de la moto » que je découvrais en même temps que tout le reste. La piste se vide, un danseur vient faire une belle démo de cette danse pas évidente, puis un grand black tout maigre vient prendre les 2 blancs par la main pour aller danser au milieu de la piste, seuls au monde devant 200 personnes amusés de voir des blancs danser comme des manches à balais… On a qd même bien rigolé, eux aussi, on a été très applaudit et même félicité à plusieurs reprises dans la soirée. Finalement tt le monde est revenu danser, une fille est venue vers moi le plus naturellement du monde m’a dragué comme jamais il ne se passe en France. Bref j’étais mal à l’aise, Rémi rigolait, c’était finalement plus comique qu’autre chose. Je ne suis pas pressé de renouveler l’expérience, c’est quand même un peu désagréable de susciter autant de curiosité chez les gens.

            Bonne nouvelle, je commence à piquer du nez et vais peut-être pouvoir dormir. Je transpire à grosses gouttes mais il va falloir que je m’habitue. Je me rends compte que malgré tout l’ « inconfort » (qui n’est pas insupportable), cette journée était extraordinaire, tellement riche en découvertes ! D’ailleurs je ne vous ai pas raconté le déjeuner… La gérante était allongée en plein milieu de la pseudo salle et puis le repas… j’arête là, tant pis, il faut que j’aille dormir. Pour ceux qui veulent savoir, ils n’ont qu’à me demander, je ne suis pas prêt d’oublier. Vivement les prochaines lignes, j’aurai sûrement vécu plein d’autres super trucs d’ici là !

A godo afé ! (au revoir)

   

Le 16 sept, 18h10, CAK

 

            Aujourd’hui est un grand jour, c’est Dimanche ! et le dimanche il y a la messe, et la messe ici, c’est quelque chose !… Il y a une à 7h et une à 9 h car l’église n’est pas assez grande pour accueillir tout le monde : capacité d’accueil que de 1500 places environ… Ca fait tellement plaisir de voir une assemblée aussi joyeuse pour célébrer ! Les chants sont accompagnés à la guitare et batterie, les femmes poussent des cris très aigus tout le temps, c’est un joyeux tintamarre qui prie… Si seulement nos églises occidentales pouvaient avoir cette vie. Il faut dire qu’à N’Djamena il n’y a pas beaucoup de vieux alors ils peuvent pas être à l’Eglise …

            Ensuite nous sommes allés au Cameron avec Rémi, Taho et Romaine dans le quartier de Kousseri. Le marché est moins cher et c’était l’occasion d’acheter des tissus pour que l’on se fasse coudre des chemises. Le marché est très grand mais les boutiques sont minuscules… Il faut parfois se baisser pour circuler dans les allées couvertes de tôles/ morceaux de bois et où l’on patauge dans la boue. C’est le Ramadan alors les musulmans les plus fervents n’avalent pas leur salive… C’est un joyeux orchestre de renâclements et de crachats un peu partout… Je suis sûr que je vais vite m’y faire, je n’ai pas le choix.

 

            Je n’ai pas pris le temps de raconter ma journée d’hier, c’était une journée hallucinante comme les autres… Nous sommes allés au grand marché, en face de la grande mosquée de N’Djamena. On y trouve de tout, à toute heure. Le coin des viandes était particulièrement désagréable mais je ne me risquerai pas à le décrire, je n’y arriverai pas. Nous avons ensuite rejoins Robert (ami de Rémi) dans les quartiers Nord de la capitale : Farcha ! Une petite cour boueuse avec quelques poules et des enfants qui pataugent, 2 ou 3 chiens, et autour des concessions (cases) en torchis. L’idée était d’aller pic-niquer encore plus au nord, dans la brousse, au bord du fleuve Chari. Nous sommes allés acheter quelques poissons au marché du coin, je ne pensait pas pouvoir trouver d’endroits plus sale que certaines rues de N’Djamena, et bien si, il y a ! Beaucoup de marchands vendent du charbon pour que les femmes puissent cuisiner. Tout est noirs, à commencer par l’air. Les enfants ont des paniers ou s’installent par terre pour vendre viandes, viscères, colliers, mil, fruits, sacs plastiques… Les femmes ont des petites étales à même le sol  et vendent tout ce qui peut se manger. Nous achetons une quinzaine de poissons que la mère de Robert nous cuisinera dans de l’huile, le tout accompagné de riz/tomate.

 

            Nous partons donc en 4*4 pour ¾ d’heure de route dans la brousse, jusqu’à un tout petit village en terre séchée où les chèvres, poules et enfants sont les principaux habitants. Un peu de cultures de légumes, des jardins de citronniers, pamplemoussiers, dattiers…  Nous sommes très bien accueilli et mangeons ensemble. Nous avons ensuite récolté quelques citrons et pamplemousses pour en ramener à N’Djamena, puis nous nous sommes baignés dans le fleuve où quelques pirogues de pêcheurs profitaient des derniers rayons pour prendre encore quelques poissons (la nuit tombe tôt, il fait nuit à 18h30). Au moment où j’écris ces ligne ma santé semble parfaite et tous ces changements d’hygiène semblent être supportés par mon petit corps… Je continue à toucher du bois !

 

            Nous sommes ensuite rentré et j’ai passé une soirée « normale » au CAK où j’ai pu manger un bon repas. Cette dernière nuit fut très reposante, je commence à me faire à la chaleur et, bien que transpirant toujours, ce n’est plus aussi gênant qu’au début. La France et mes proches commencent à me manquer, ce n’est que le début… Demain nous descendrons à Pala où je vais passer les 2 années à venir. J’ai hâte et à la fois je redoute ce que je vais y découvrir après ce que j’ai vu dans la Capitale !

« Ana nadorah nahakul !» (Je vais manger ;)

   

Le 18 sept, 14h55, Mission de Pala.

            Me voici enfin arrivé à destination… Le voyage s’est effectué hier après midi et a duré plus de 7h30 : 340 km de goudron puis 110 km de piste. Nous étions 5 dans le pick-up du diocèse car 2 prêtres de la communauté des « oblats de marie » redescendaient avec nous. Le paysages sont très variés. Etant en fin de saison des pluies, beaucoup d’espaces sont inondés et l’on peut voir des marécages à perte de vue. Des oiseaux multicolores surgissent parfois et des cases bordent les routes qui représentent un axe de commerce indispensable pour vendre les produits locaux aux marchés des villages. Des gens à pied/vélo se déplacent sans cesse le long des voies transportant tout ce qui est possible et imaginable. Ils font tous des dizaines de km par jour pour pouvoir vendre quelques fruits ou sacs de graines. Beaucoup de personnes pêchent dans les eaux stagnantes que les pluies et le débordement du fleuve Logone ont laissé. Il y a aussi énormément de chèvres/cochons/chiens et il n’est pas rare d’en écraser tellement ils sont nombreux. C’est difficile de décrire tout cela car c’est une ambiance générale et chacune des descriptions précédente n’a d’intérêt que dans sont contexte. Il y a aussi de nombreux véhicules/poids lourds arrêtés sur le bord de la route et qui attendent parois des mois que l’on vienne les réparer. Les chargements de véhicule sont inimaginables, des mini-bus de 9 places transportent parfois jusqu’à 20 personnes. L’état de tous les véhicules est déplorable, rafistolé de tous les côtés, sans vitre/pare-brise, complètement rouillés. Certains chargements doublent la hauteur et la largeur des camions qui les transportent, avec bien sûr des personnes voyageant au dessus de tout ça en tenant comme ils le peuvent les sangles (qui résistent par l’opération du saint Esprit…). Il n’y a pas une minute sans que je vois quelque chose qui m’émerveille ou me choque.  Je me crois dans « Kirikou et la sorcière » avec l’eau de rose en moins… Je n’ose pas sortir mon appareil photo car une image figé ne peut pas retranscrire les instants que je vis. Beaucoup de sourires et de signes de la main, beaucoup de visages marqués par la misère et les conditions de vie. Je le répète : tout ici est différent, vraiment très différent.

            L’arrivée à Pala s’est faite de nuit, l’électricité n’arrive pas encore jusqu’à cette petite ville de 20000 habitants. Mes premières images de Pala sont donc des lanternes/flammèches/lampes de poches/feux disséminés un peu partout et qui éclairent des petits regroupements/commerces. Un bon repas nous attendait à la mission catholique qui possède un groupe électrogène, et donc de l’électricité… Wahoooouuuu ! Je pensais faire une bonne nuit après ces heures de voyage sur route tant accidentée… Crevant !

            Réveil vers 5h du matin par une envie pressante d’aller aux toilettes, yoouuuuppiiii ! la diarrhée ! Je me dis que c’est bon signe et que mon corps est en train de s’habituer (on positive comme on peut…). Par chance je n’ai pas trop mal au ventre et peux enfin découvrir Pala à l’arrière d’une moto Suzuki qui permet de passer n’importe où (certaines rues sont inondées et impraticables en voiture). Les rues de Pala sont à la différence de pollution et de chaleur près celles de N’Djamena. Il n’y a par contre que très peu de bars et de lieux de divertissements. Il n’y a pas de restaurants français par exemple, je vais manger local !… Très bruyant et très pauvre, c’est ce qui me vient à l’esprit. La description de N’Djamena que j’ai faite le 14 sept comporte beaucoup de similitudes. Je passe ensuite au commissariat pour me faire enregistrer. Imaginez 4 murs qui s’effritent, un banc, une table en bois et vous obtenez le commissariat de Pala ! (à peu de choses près…)

            Voilà à peu près où en sont mes aventures. Je vais pouvoir profiter de l’accès Internet de la mission pour mettre tout ça sur mon blog. Cet après midi je me repose car je pense avoir un peu de fièvre et il est plus prudent que je ne m’éloigne pas trop des toilettes… Je ne vous ai pas parlé d’hier midi et avant hier soir ?… J’ai pu découvrir les joies du barbecue Tchadien. C’est à peu près comme les barbecue de Gadzarts sauf que la viande est avariée… Bien cuite ça doit normalement tuer tous les microbes, c’est ce que je me dis ;) Tout se mange, avec les doigts et du piment ! Je soupçonne la langue et les intestins de bœuf d’être à l’origine de mes humeurs gastriques…

            Bon, je vous laisse et pense très fort à la France qui me manque…