02 avril 2009
Désolé, c'est du condensé !
Pala, le 12 mars 2009, 20h39
Qui l’eu cru ?! Sûrement pas moi… Comme je le disais dans la dernière news de la dernière page de mon carnet, je n’aurais jamais pensé entamer un deuxième journal de bord ! Bien qu’il ne me reste que quelque mois la fin de cette expérience Tchadienne, je vais tenter de ne pas couper le fil de ces écrits qui seront la seule trace concrète pour subvenir à ma mémoire qui flanchera un jour ou l’autre, et peut être avant que vous ne le croyez ! Voici donc un livret vierge flambant neuf, acheté « au cas où » lors de mon congé en France, pour recevoir les quelques aventures ou autres instants du quotidien qui me seront encore donnés de vivre.
Petit tour d’horizon rapide sur le travail que j’ai en ce moment, et dont je n’ai pas parlé depuis trop longtemps. J’ai passé mes deux dernières semaines sur l’étude d’un projet multi-facettes que j’avais évoqué il y a quelques mois : le centre pour sidéen « Greth Marty », en souvenir d’une sœur qui a consacré sa vie pour la lutte contre le Sida, principalement à Pala.
Pourquoi multi-facettes ? Car de nouveaux bâtiments sont venus se greffer au projet initial : un dépôt pharmaceutique (160m²), ainsi que la rénovation d’une très vieille école en locaux de formation / réunions… (252m²). Le bâtiment principal, qui est au cœur du projet, n’a pas changé par rapport aux plans effectués il y a 8 mois.
Estimation du coût total des travaux d’environ 222 000 euros… mieux vaut pas s’planter dans les calculs ! Mes derniers jours ont donc été consacrés à établir des plans et devis détaillés, sans oublier les aspects de plomberie, d’électricité, sanitaires, raccordements,… bref, j’apprends énormément de choses chaque jour, et c’est tt de même passionnant !
En parallèle à ce gros morceau, un chantier en cours à Torrock, une étude en cours pour une aire de prière couverte à Tikem, une étude pour une aire de prière à Koumi, Fianga qui traîne péniblement sur les finitions, un oratoire pour les sœurs ursulines, et bien sûr les ateliers diocésains que je tente toujours de superviser de mon mieux. Aujourd’hui, seuls la quincaillerie, la menuiserie et l’atelier d’électricité demeurent sous ma casquette. La soudure a été fermée il y a 5 mois car beaucoup d’artisans au quartier se sont développés, et peuvent maintenant être des sous-traitants (c’est ça aussi le développement !), et j’ai demandé à ne plus m’occuper du garage.
Autant dire que je ne m’ennuie pas !
Pour parler de l’aspect plus quotidien, j’oscille toujours entre des moments de grande remise en question, « qu’est ce que je fais là ? », moral à plat et peu de divertissement pour remonter la pente, et des moments plus serein où j’arrive à transformer le vide et la solitude ressentie en actes / actions positives et constructives. J’ai d’ailleurs entrepris la saisie informatique de toutes les notes prises ces six derniers mois, il ne me reste plus qu’à relire ma copie et je pourrai l’imprimer. Ces notes sont pour moi le nectar qui m’a fait avancer, qui m’a façonné de nombreuses réflexions et m’a ouvert les yeux sur certaines « vérités » qu’il est parfois difficile de découvrir seul, par soi-même. Je regrette aujourd’hui de ne pas avoir prit de notes des bouquins qui m’ont passionné l’année dernière, peut-être aurai-je le courage de les relire un jour, à mon retour ?
Le manque de tous ceux qui me sont chers se fait de plus en plus lourd, mais l’horizon de plus en plus proche de mon retour transforme parfois ce fardeau en grand joie, espérance, attente délicieuse… Vous l’aurez compris, j’ai (un peu) hâte de rentrer !... et surtout de vous retrouver !
Merci aux quelques fidèles lecteurs qui continuent à me soutenir dans l’ombre, par mail, lettres… Clin d’œil à Michel et Sabine pour leur délicieux commentaire, j’ai toujours beaucoup de joie à recevoir quelques nouvelles familiales !
Bonne suite à chacun, et j’ai envie, pour le première fois, de vous dire,
« A bientôt… »
19 mars, 8h08, Fianga.
Je traverse probablement l’une des plus grosses déceptions du boulot de constructeur que je fais. Me voici à Fianga où je suis censé prononcer la réception provisoire, comme prévu depuis 3 mois. A chaque fois que je viens, c’est pour constater un chanter inachevé, dont les finitions sont catastrophiques…
Après des heures d’explications, de discussions, de croquis, etc… pour tenter de terminer le travail « correctement », je constate à quel point le sens du mot « finition » varie de notre culture Française à la culture Tchadienne. Je constate avec impuissante que la chape se fendille déjà, et je me demande si ce n’est pas carrément la dalle qu’il faut remettre en cause… Aïe, aïe… je comprends petit à petit que l’ « entrepreneur » n’est en réalité que soudeur, et qu’il m’a toujours parlé au nom d’une entreprise effectivement existante, mais pour laquelle il n’a jamais fait autre chose que de la charpente métallique !
Je me mords les doigts de ne pas m’être assez renseigné sur les compétences / constructions déjà réalisées… et d’avoir seulement fait confiance à Giulio, un père de Fianga, qui connaît « l’entrepreneur » pour sa bonne volonté, mais dont les connaissances sont en réalité bien trop limitées…
Coup dur pour le moral, difficile de ne pas culpabiliser… cela me servira de leçon, et il sera désormais absolument nécessaire qu’une personne sur place puisse surveiller l’évolution du chantier pour tout nouvelle construction ! J’ai maintenant « arrêté » le travail avec « l’ entrepreneur », et vais devoir reprendre une partie du boulot avec quelqu’un d’autre…
Quelle déception…
Le 24/03/09, 18h32, Pala
Le vent souffle depuis ce midi, un vent du Nord, chaud, sec, chargé d’une poussière qui prend à la gorge. Inlassablement, il souffle, il souffle, il souffle…
Le soleil a eu la matinée et le début d’après midi pour réchauffer tout ce qui se trouve au sol, et maintenant qu’un gros nuage de poussière s’est confortablement installé, la température ne peut plus descendre comme à son habitude lors de la tombée de la nuit. Le thermomètre affichait 44°C cet après midi et, je pense qu’à l’heure où j’écris, il doit faire un bon 38 margé la disparition du soleil il y a plus d’une heure.
Cela fait 3 jours, ou plutôt 3 nuits que j’ai sorti un lit dehors, pour dormir dans la fraîcheur relative qu’offre le retrait du soleil. C’est très agréable, j’adore me glisser sous les étoiles et les ombres géantes du grand Baobab de notre jardin. De toutes façons, il fait trop chaud à l’intérieur de ma petite case pour se reposer réellement. J’en profite pour ouvrir mes fenêtres et ma porte en grand, ce qui me permet dans l’après midi de siester « au frais » à l’intérieur, alors qu’il fait une chaleur intenable à l’extérieur. Je me demande désormais comment faire avec toute cette poussière qui nous envahit… je n’ose pas ouvrir mon boucarou que j’ai nettoyé entièrement la semaine dernière (et la propreté reste toujours relative ici ;)), j’hésite à dormir dehors étant donné un début de mal de gorge lié à ce satané vent de sable. Je dois choisir entre la chaleur et la poussière pour cette nuit… je me tâte encore…
On ne peut pas imaginer ce qu’est l’harmattan si on ne l’a pas vu… c’est le nom de ce vent inépuisable qui gringotte petit à petit le paysage et le recouvre d’un manteau de sable fin venant du désert. Il étend d’ailleurs l’emprise des dunes au Nord du pays, asséchant tout sur son passage, et obligeant des villages entiers qui vivaient d’élevage et d’agriculture il y a encore 40 ans, à descendre plus au sud afin de trouver des terres moins arides. Il faut bien admettre que les conditions climatiques sont rudes au Tchad, alors que Pala est située dans la partie sud du pays et bénéficie d’un climat plus clément qu’à N’djamena ou Abéché par exemple. Je plains mes quelques amis coopérants qui sont à la capitale en ce moment !
Cet après midi je suis allé faire un tour, comme souvent pour me changer les idées et marcher un peu. J’ai été assez chouchouté aujourd’hui par les nombreux bambins que je croise à chaque fois. Je suis étonné de les voir toujours aussi émerveillé, lorsqu’ils m’aperçoivent, après plus d’un an de rencontres régulières !
Parmi ces enfants, il y en a de toutes sortes : de minuscules kirikou nus avec un collier de perles aux hanches, de vrais petites constructeurs dont les jeux sont la confection de mini-briques, pour ensuite faire de mini-maisons, sans oublier de faire cuire les mini-briques avec de mini-charbons…. D’autres sont des footballeurs dans l’âme, donnant lieu à des matchs animés, dans une poussière ambiante que soulève leur courses effrénées et leurs tacles endiablés. Il y a aussi des petits musulmans dans de minuscules boubous (tuniques) sales et rapiécées, et de grands foulards brodés aux milles arabesques de fils dorés pour les jeunes filles.
Certains, et même la plupart des visages me touchent beaucoup. Une innocence et une candeur émane de ces figures charbonnées, malgré ces habits loqueteux et toutes ces mains collantes (c’est la saison des mangues !), deux grands yeux rond et un large sourire malicieux… je suis aux anges ! Certaines petites filles ont de grands anneaux aux oreilles, nattées serrées, ou aux cheveux dressés en pics saucissonnés de fil scoubidou noir, le ventre à l’air, parfois nues, l’authenticité africaine dans toute sa beauté culturelle et primitive !
Le jeu le plus fréquent, et peut être le plus universel pour des enfants face à un adulte, c’est « l’avion »… ça n’a pas de frontière ! Combien d’enfants ai-je eu la joie de faire tourner dans les airs cet après-midi ? Je n’en sais rien, mais c’était tellement bon !
Il y a tant de petites anecdotes insolites et extra-ordinaires qui agrémentent mes promenades que je ne peux toutes les citer. Je suis très souvent subjugué par l’inventivité et l’imagination des enfants pour se divertir et de fabriquer des jeux avec les moyens si simples qu’offrent les rues d’ici… de la terre, de la paille, quelques morceaux de plastique, des rondelles de mousse découpées dans de vieille tongues, un bout de ficelle… et voilà un bœuf qui tire une charrette sous les applaudissements des spectateurs ! chacun veut essayer de tirer l’ensemble qui ne mesure pas plus de 10 cm… et tous les détail sont là, le joug, les brancards, le « cocher », le chargement de paille, les roues…
Ces instants sont inoubliables.
Laï, le 29 / 03/ 09, 7h30
Petit week-end reposant et déconnectant à Laï où nous sommes venus avec Jean-Baptise vendredi après-midi. Nous logeons chez les coopérants d’ici, Jean-Nicolas et Alice, ainsi que Mariu et Manu le couple d’espagnols. Tous étaient venus à Pala début février. Le changement d’air et les échanges avec d’autres DCC font toujours autant de bien. Surtout avec cette arrivée de la chaleur qui rend l’atmosphère quotidienne parfois bien difficile. Nous nous sommes baignés dans le fleuve Logone… quel bonheur inexprimable que toute cette eau dans un pays si chaud !
Nous sommes aussi allés rencontrer nos amis les hippos, un groupe d’une quinzaine de mastodontes stagnants à fleur d’eau, avec quelques couples et jeunes qui s’ébattaient en grandes aspersions d’eau et surgissements spectaculaires, gueule ouverte, quel numéro !
Hier soir, nous avons fait du pain, des pizzas, et une tarte à la mangue (merci JN!) dans un four à bois qui a été construit il y a moins d’un mois. Encore un des petits du four de Pala puisqu’il a été fait selon le même modèle et les mêmes plans (merci internet !). Même après un moment, j’entend encre ici et là des construction de fours, et j’en suis toujours un peu fiérot, bien que rien ne m’appartienne…
Le dîner était vraiment très réussi, il y avait même du délicieux jambon et fromage from Espagne & France… wonderful !!!
La maison semble se réveiller doucement, le soleil est déjà bien prononcé, je transpire déjà… c’est bientôt le petit déj, avec le pain d’hier… Mmmmm… et bonne journée !
Photo prise hier sur le chantier Greth Marty qui vient tout juste de commencer.
20:29 Publié dans 18) Mars | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



